On pourrait croire que c'était un premier avril, mais cela n'en était pas un.

Je suis professeur des écoles adjointe dans une école primaire. Ce qui veut dire que je suis titulaire et que j'ai la responsabilité d'une classe. Sauf, que l'an dernier l'Inspecteur avait besoin de dégager des classes pour les Professeurs des Ecoles Stagiaires. Vous savez ;  ceux qui sont arrivés sur le terrain sans formation. Il m'a donc proposé de rester dans l'école sans avoir la responsabilité d'une classe , mais d'aider les collègues pour qu'ils puissent mieux aider les élèves en difficulté car l'école a eu des résultats catastrophiques aux évaluations nationales. Cela m'a été présenté comme "maitre surnuméraire". Je devais construire un emploi du temps avec les collègues en favorisant les classes de CP et CE1. Bien sûr, il ne nous a pas été dit que celle qui prendrait ma classe serait une étudiante non formée.

J' ai déjà parlé sur ce blog des petits inconvénients qui s'ajoutent à ce genre de poste. On me demande de temps en temps, de remplacer des collègues de l'école absentes. Je m'y attendais, mais parfois c'est très agaçant quand c'est fréquent car d'une part, je ne suis pas remplaçante et je n'ai donc pas  à le faire mais en plus,  je n'ai pas le matériel pour prendre une classe au pied levé (certains collègues sont spécialisés dans le remplacement) et d'autre part  je ne suis pas à glandouiller à l'école. Je participe entres autres à différents projets d'écriture qui devraient aboutir à un spectacle en fin d'année . Sans oublier qu'étant "habilité en anglais" , j'enseigne l'anglais dans deux classes.

Ainsi depuis le début de l'année, plusieurs séances d'anglais ont été supprimés parce que j'ai gentiment accepté de  remplacer une collègue absente (heu, oui, enfin pas toujours gentiment, mais je l'ai fait). On profite aussi de ma présence dans l'école pour m'utiliser quand les collègues ont une réunion "équipe éducative". Je les remplace le temps de la réunion qui dure en général moins d'une heure, mais pendant ce temps-là , je ne suis pas avec la collègue avec laquelle j'étais censée travailler.

Parfois il y a des clash quand je dois remplacer une collègue absente et une collègue en "équipe éducative" en même temps. Il m'arrive donc la fatigue aidant d'être un peu grognon quand je dois remplacer une collègue absente. Mais ces histoires de remplacement se font en interne sans attendre l'ordre de l'inspection départementale.

Aujourd'hui, j'ai eu droit à quelque chose d'inédit. Le secrétariat de l'inspection départementale m'a appelé à 9 h le matin pour faire un remplacement dans une autre école qui plus est, est une école maternelle.

Et alors , allez-vous me dire... quelle importance ?

D'une part, Je suis nommée sur une école élémentaire pas sur une école maternelle. Si je ne suis pas nommée sur une école maternelle, c'est que je n'ai jamais demandé à travailler en maternelle, parce que je suis incapable de gérer des bouts de choux de cet âge-là. Je me sens complétement incompétente dès qu'il s'agit de parler à des petits bonshommes et petites  bonnesfemmes de ces âges-là et de gérer leurs activités. C'est panique à bord. Enseigner en maternelle n'a rien à voir avec enseigner en élémentaire. Déjà sur le principe, ils sont trop nombreux en classe. Ils ne devraient pas être plus de 20 au grand maximum.

D'autre part, je suis "animatrice soutien" dans mon école pour dire le therme exact pas "TER :  titulaire enseignante remplaçante". Un TER se déplace dans une circonscription pour aller remplacer là où il y a besoin et parcourt souvent 20km. C'est un statut bien particulier. Si j'accepte de faire des remplacements courts, c'est dans mon école. 

Or, on me demandait d'aller voir ailleurs si j'y étais et de laisser les projets qui étaient en route. En particulier, je devais seconder la jeune collègue stagiaire pour l'aider à passer son évaluation TICE, c'est à dire l'enseignement de l'informatique aux élèves de primaire pour son examen professionnel. Elle avait préparé sa classe en conséquence, et il était hors de question que je la laisse tomber.

Donc quand la secrétaire m'a dit d'aller en maternelle, j'ai refusé. Elle a insisté, j'ai insisté dans mon refus.

J'ai commencé mon travail avec une collègue. Je la déchargeais d'une moitié de sa classe pendant qu'elle évaluait ses élèves.

Au bout de 3/4 d'heure, c'est l'inspecteur lui même qui veut que je le rappelle.  J'insiste dans mon refus, lui expliquant que j'ai des obligations vis-à-vis des autres collègues. Mais il me dit qu'il n'y a plus de remplaçants de libre sur le département à cause du changement d'heure, et qu'exceptionnellement il me demande d'aller en maternelle.Je rétorque que si j'accepte il y aura d'autres exceptions. Il a fini par me dire qu'il me donnait l'ordre d'aller en maternelle pour la continuité du service. Je lui ai demandé ce qu'il se passerait si je refusais. Il m'a dit que j'aurais des ennuis avec l'inspection académique.

A contre coeur et encore plus grognon que d'habitude, je suis allée en maternelle, en me disant de n'être pas trop désagréable avec les collègues parce qu'elles ne sont pas responsables de cet ordre. Mais c'était dur. La matinée a vite passée car je ne suis allée à la maternelle qu'à 1Oh15. Heureusement, je n'avais pas beaucoup d'élèves la plupart étaient rentrés chez eux. Quand je suis revenue à 13 h20, l'inspecteur m'a appelé à l'école maternelle pour me dire qu'ils avaient trouvé quelqu'un pour prendre ma place et que je pouvais aller aider ma collègue qui passait son examen. Sauf que cette partie de ses évaluations avait eu lieu le matin.....

Je suis retournée à l'école élémentaire plutôt dépitée. Des collègues m'ont conseillé d'appeler le syndicat pour avoir leur avis à ce sujet.  Ce que j'ai fait dans l'après-midi.  Ayant exposé mon problème, le syndicaliste a dit qu'il allait me rappeler.  Quand il l'a fait , cela a été pour m'annoncer qu'il avait contacté l'inspecteur pour avoir son son de cloche. Il m'a donné raison sur mon refus et il a rappelé à l'inspecteur que je ne suis pas assurée pour aller en maternelle vu que cela ne fait pas parti de ma mission première.

Donc je pouvais être rassurée, il ne me sera plus jamais demandé d'aller dans une autre école pour faire un remplacement. Malgré tout, j'ai un petit goût désagréable dans la bouche... quand j'ai appelé le syndicat, c'était pour avoir leur avis, je ne demandais pas qu'ils soufflent dans les poumons de l'inspecteur. "Le mieux est l'ennemi du bien", je crains d'avoir  encore plus d'ennui avec l'inspecteur parce que le syndicaliste n'a pas géré mon appel avec discrétion.